Peut-être que No Angel lui a ouvert facilement les portes du star system mais c'est avec toute humilité que Dido garde les pieds sur terre. Aussi dédie-t-elle la chanson « Life for Rent » qui, dans son album éponyme, insiste sur la simplicité de sa vie qui reste inchangée (cf le refrain : « But if my life is for rent and I don't learn to buy/ Well I deserve nothing more than I get/ Cos nothing I have is truly mine, ce qui donnerait en français : « Si ma vie est en location et que je ne sais pas acheter/ Eh bien je ne mérite que ce que j'obtiens/ Car rien de ce que j'ai ne m'appartient véritablement »). Autant dire que les innombrables récompenses que celle-ci a accumulé que ce soit aux MTV Europe Music Awards (« Révélation de l'Année 2001 »), Brit Awards (« Meilleure Artiste Féminine Britannique 2002 »), World Music Awards (« Meilleure Chanteuse Britannique de Pop-Rock 2003 »), j'en passe et des meilleures, auraient pu la rendre orgueilleuse... Mais ce serait bien mal la connaître !
La recette miracle du succès Dido ? Des phrases que l'on croirait directement tirées de son journal intimes et qui, une fois joliment mises en rimes, s'inscrivent facilement dans notre cortex cérébral... Avec pour maître mot : l'amour. Le bonheur fou d'être amoureux (« Thank You »), l'amour conciliateur (« All You Want », « White Flag »), les doutes (« Here With Me »), les velléités d'indépendance (« Hunter ») ou la perte de l'être aimé (« Don't Think of Me », « My Lover's Gone »). Là où, interprétées par d'autres artistes, ces chansons d'amour résonneraient comme autant de bluettes romantiques, les couplets de la chanteuse savent se faire simples et sans tomber dans les lieux communs, véhiculer d'étonnantes émotions. Chaque ballade est construite comme une petite histoire et peut se comprendre à différents niveaux de lecture. Ainsi, on serait bien étonné de constater que ce qui retient chez soi le personnage de « Don't Leave Home » n'est pas une amoureuse au sens propre du terme mais une drogue ! Dido y fait d'ailleurs référence en ces termes : « (Cette chanson) ne traite pas de la drogue mais de l'addiction dans son ensemble. Nous sommes constamment entourés par l'addiction sous toutes ses formes et je voulais juste écrire une chanson sur ce sujet. J'ai vu des amis et de la famille détruits par l'addiction et je voulais la personnifier sous la forme d'une amante maléfique » (www.forum.dido.co.uk).
On l'aura compris, Dido est une artiste qui réserve bien des surprises. Si No Angel entendait démontrer qu'elle n'est, malgré les apparences, pas un ange, Life for Rent bénéficie quant à lui d'une indubitable ouverture musicale et c'est une nouvelle chaleur qui anime la voix de la chanteuse. Et bizarrement, l'un des grands rebondissements personnels qui s'est opéré entre les deux albums, c'est la rupture de l'artiste avec son petit ami Bob Page, avec qui elle devait se marier après une relation de près de 7 ans ! A ses yeux sa plus grande inspiration dans la vie de tous les jours, Dido lui avait dédié « Here With Me » et « Thank You »... Même quand on s'appelle Dido, difficile d'affronter la célébrité aussi soudaine soit-elle. Celle-ci ne manque pas d'évoquer cette période trouble : « C'était la tourmente. Lorsque je suis rentrée de tournée, début 2005, il m'a fallu du temps pour réaliser ce qui s'était passé. Je n'y avais pas été préparée. Dans mon esprit, je n'avais fait qu'enregistrer un petit album underground destiné à mon usage personnel et huit années plus tard, je me retrouvais à bord d'un train fou. J'ai vécu des choses incroyables mais j'ai éprouvé le besoin de prendre un peu de recul, de me remettre en phase avec la réalité, avant de me consacrer de nouveau, à 100% à la musique » (www.didomusic.com)
Pas étonnant donc que Dido ait voulu prendre son temps pour mûrir Safe Trip Home, et cela a pris 5 ans après la sortie de Life for Rent. 5 années durant lesquelles, la chanteuse a préféré jouer pour les autres comme celle-ci l'explique « J'ai voulu prendre le temps de devenir meilleure musicienne. Sur les deux premiers albums, je n'ai joué qu'au moment d'écrire les chansons, ce qui est différent de le faire pour le plaisir, comme quand j'étais enfant. Je me suis donc remise à jouer sans raison précise et j'ai adoré ça » (ibid). Pour la légende, Safe Trip Home aurait été inspiré suite à un long voyage qui l'aurait mené à travers l'Asie, la Nouvelle-Zélande ainsi que l'Amérique du Sud... Dans les faits, c'est aussi et surtout la rencontre avec Jon Brion, producteur entre autres de Fiona Apple, Kayne West, Eels ou Rufus Wainwright aux studios Abbey Road de Londres fin 2005 qui a inspiré le nouvel opus. Partie à Los Angeles pour travailler avec celui-ci, l'artiste se libère complètement et trouve une formidable inspiration dans la cité des anges.
Décidant de faire de l'expérimentation le fil conducteur de son album, Dido invite le chanteur Citizen Cope sur la sublime « Burnin Love », son batteur préfére Mick Fleetwood sur « Grafton Street » co-écrit avec Brian Eno, un autre de ses héros... Jouant elle-même de la guitare, du piano, des cloches, de la flûte à bec et même de la batterie sur la mélancolique « Quiet Times ». Forte de ces expériences, la chanteuse rentre à Londres pour donner la touche finale à ces titres oscillant entre l'amour et son manque, la résignation devant les hauts et les bas du quotidien mais aussi et surtout la force de les surmonter. Et demande à son frère, co-auteur et co-producteur de ses deux premiers albums de lui donner son avis, avant de les ré-enregistrer en studio. Rollo est son meilleur critique et ne manque d'évoquer à ce sujet : « Je considère que cet album a vraiment profité de sa période de gestation. Dido a entrepris un véritable voyage musical avec. Elle se met à nu dans sa musique, une chose qu'elle ne fait pas en public autrement. Je crois que le secret de sa musique, c'est qu'elle va directement de sa personne à l'auditeur, de la manière la plus honnête qui soit. C'est de l'émotion pure qui va d'un point A à un point B avec un minimum d'interférence de ma part en tant que producteur » (ibid).
« Ce disque est gorgé du bonheur de faire de la musique. L'enregistrement a été une expérience merveilleuse, c'est un souvenir que je chérirai longtemps. J'ai mis mon c½ur dans ces chansons et j'espère bien qu'elles vont émouvoir les gens » conclut Dido avant de préciser « Lorsque j'écris, j'arrive toujours à me mettre dans cette situation où j'oublie complètement que quelqu'un d'autre que moi finira par entendre ces chansons. Je ne m'impose aucune restriction concernant ce que je mets dans les chansons sur le plan émotionnel. Certains abordent des thèmes généraux, d'autres parlent de la vie des gens, et il y en a de plus spécifiques et personnelle. Je m'expose, certes, mais j'ai du mal à faire quelque chose qui ne m'émeut pas, d'une façon ou d'une autre. Le fait de ne pas avoir à expliquer mes textes aux gens me donne la possibilité de m'exprimer sans limite dans mes chansons » (ibid). Profitez de cette trêve hivernal pour juger de la qualité musicale de cet oiseau rare !